Logement inclusif en Indre-et-Loire : toutes les clés pour s'orienter

3 mars 2026

Comprendre l’habitat inclusif : bien plus qu’un simple logement

L’habitat inclusif représente aujourd’hui une alternative concrète entre domicile classique et vie collective en institution. Il s’adresse aux personnes en situation de handicap, aux personnes âgées, ou à des publics fragilisés, qui souhaitent vivre « chez elles », sans être isolées ni dépendantes d’une structure spécialisée.

Reconnu officiellement par la loi ELAN de 2018, l’habitat inclusif repose sur trois piliers :

  • Un logement ordinaire (individuel ou partagé), souvent au sein d’un immeuble ou d’un quartier accessible.
  • Un projet de vie sociale partagé, construit et animé par les habitants eux-mêmes autour d’activités, sorties, entraide, convivialité.
  • Un accompagnement professionnel, adapté aux besoins de chacun – sanitaire, social, éducatif ou technique.

En Indre-et-Loire, comme partout en France, ce modèle progresse. En 2023, plus de 7 000 places d’habitats inclusifs ont été recensées en France selon la CNSA1, dont près de 60 dans le département (CNSA, chiffres 2023). Ce mouvement est le fruit de réponses aux attentes de sociabilisation, d’autonomie et de sécurité portées par les personnes concernées.

Les différents types d’habitats inclusifs en Indre-et-Loire

L’offre locale s’organise autour de plusieurs formes principales :

  • Colocations solidaires : plusieurs personnes (avec ou sans handicap) partagent une maison ou un appartement, tout en bénéficiant d’une animation de la vie sociale.
  • Résidences services ou intergénérationnelles : logements autonomes au sein d’un ensemble résidentiel, avec espaces partagés et animations sur place.
  • Projets associatifs collectifs : souvent portés par des associations de familles et d’usagers, ils s’inscrivent dans des quartiers ou des centres-bourgs.
  • Petit habitat regroupé : studios indépendants autour d’espaces communs, avec présence régulière (et non permanente) d’un coordinateur ou d’un animateur de vie sociale.

À titre d’exemple, l’association Simon de Cyrène propose à Tours une colocation inclusive, créée en 2023, accueillant six adultes (personnes avec handicap moteur et valides), chacun ayant son logement individuel tout en partageant quotidiennement des moments de vie2.

Par ailleurs, plusieurs projets émergent, parfois portés par des bailleurs sociaux (Tours Habitat, Touraine Logement) ou des groupements d’associations dans le Chinonais, l’Agglomération Tour(s) Plus ou le secteur d’Amboise.

Pour qui ? Les publics concernés par l’habitat inclusif

L’habitat inclusif a d’abord vocation à répondre à trois grandes catégories de publics :

  • Personnes en situation de handicap (moteur, sensoriel, psychique, mental). Nombreux sont ceux qui, arrivés à l’âge adulte, cherchent à sortir du domicile familial ou d’un établissement médico-social tout en restant entourés.
  • Personnes âgées en perte d’autonomie qui souhaitent éviter l’EHPAD tout en sécurisant leur vie quotidienne.
  • Personnes fragilisées ou isolées : jeunes en insertion, adultes avec difficultés sociales, etc.

Depuis 2021, la Prestation de Compensation du Handicap (PCH) peut, sous conditions, financer une partie de l’accompagnement à la vie sociale dans les habitats inclusifs, rendant ces solutions plus accessibles financièrement (Service Public).

Comment repérer l’offre d’habitat inclusif ?

Les structures référentes et annuaires en Indre-et-Loire

  • Pôle Départemental de l’Autonomie (PDA37) : il recense les dispositifs d’habitat inclusif, accompagne l’information des familles, et oriente vers les référents locaux (Conseil départemental 37).
  • Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH 37) : guichet incontournable pour initier un projet, obtenir des conseils personnalisés, ou articuler droits et solutions d’hébergement (MDPH 37).
  • Associations spécialisées (APF France Handicap, Unapei Touraine, Simon de Cyrène) : ces réseaux sont souvent porteurs, promoteurs ou partenaires de projets d’habitat inclusif.
  • Services d’accompagnement à la vie sociale (SAVS, SAMSAH) : ils peuvent aider à la recherche, à la préparation d’un emménagement, voire coordonner l’accompagnement.
  • Les bailleurs sociaux : certains proposent des appartements adaptés et accompagnés, en lien avec des porteurs de projets inclusifs.

Il est recommandé aussi de consulter le site monparcourshabitatinclusive.fr qui commence à lister, par région, les projets existants ou en construction.

Les étapes concrètes pour se repérer

  1. Déterminer le type d’habitat inclusif adapté à vos attentes et votre situation (colocation, résidence, foyer, habitat partagé…).
  2. Faire le point sur vos besoins d’accompagnement (autonomie dans la vie quotidienne, soutien aux démarches, animation, soins, etc.).
  3. Prendre contact avec le PDA37 ou des associations référentes pour recevoir la liste actualisée des lieux, connaître l’existence de projets en cours.
  4. Se renseigner auprès de la MDPH pour vérifier les droits mobilisables (allocations, aides à l’autonomie, financement de l’accompagnement).
  5. Visiter les lieux identifiés, échanger avec les habitants, les animateurs, et s’assurer de la qualité du projet de vie sociale.

Critères à vérifier avant de s’engager

Le choix d’un habitat inclusif doit reposer sur des éléments objectifs. Voici les points essentiels à examiner avant toute démarche :

  • Qualité du projet de vie sociale et partagée : existe-t-il une vraie dynamique collective ? Quels types d’activités et de gouvernance des habitants ?
  • Accompagnement proposé : fréquence, qualification des professionnels, adaptation aux besoins.
  • Accessibilité physique : conformité aux normes, transports en commun à proximité, accès aux commerces et services.
  • Modalités financières : montant du loyer, reste à charge, financement de l’accompagnement à la vie sociale, aides mobilisables.
  • Statut du logement : locatif, propriété, hébergement temporaire, logement social.
  • Respect de l’autonomie : la liberté de choisir ses rythmes de vie, la confidentialité, la possibilité d’individualisation de l’accompagnement sont essentielles.

Selon le Baromètre 2023 de l’habitat inclusif (Fédération Habitat Inclusif), plus de 80% des habitants interrogés en France se disent satisfaits de cet équilibre entre vie autonome et vie collective, à condition que le projet de vie partagée soit vraiment co-construit et respecté.

Les démarches à entreprendre pour accéder à un habitat inclusif

Préparer un projet d’habitat inclusif demande anticipation et organisation. Les étapes principales à ne pas négliger :

  • Constituer un dossier MDPH : souvent indispensable pour ouvrir le droit à un accompagnement, à la PCH ou à des aides spécifiques.
  • Solliciter un SAVS, un SAMSAH ou un professionnel social : ils peuvent accompagner la réflexion, la recherche, les démarches administratives et l’articulation entre aides.
  • Prendre contact avec les porteurs de projets : associations, groupements d’habitants, bailleurs sociaux pour connaître les candidatures ouvertes ou les listes d’attente.
  • Rencontrer les équipes et les habitants : pour vérifier que le projet vous convient, poser toutes vos questions sur l’organisation et la vie quotidienne.
  • Formaliser un projet personnalisé : souhaits de vie, contraintes médicales, attentes à l’égard de la vie sociale.

Le délai moyen d’installation dans des projets en Indre-et-Loire varie selon l’offre disponible : compter en moyenne 6 à 18 mois d’attente pour les dispositifs les plus demandés, cela en raison d’une demande supérieure à l’offre, et de la nécessité de construire des projets sur mesure.

Financement et aides pour l’habitat inclusif : ce qu’il faut savoir

Le coût d’un habitat inclusif se découpe entre plusieurs volets : le loyer, les charges, éventuellement la rémunération de services/animations et, souvent, une part relative aux accompagnements. Plusieurs types d’aides peuvent être sollicitées :

  • Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA) pour les personnes âgées.
  • PCH « aide à la vie sociale » pour les personnes en situation de handicap (nouveau module entré en vigueur dès octobre 2022, voir CNSA).
  • APL ou ALS : pour la prise en charge du loyer auprès de la CAF.
  • Aides des Conseils Départementaux ou communaux pour certaines formes de projets.

À noter : une expérimentation de la CNSA porte sur l’utilisation du « forfait habitat inclusif » pour soutenir les actions de vie sociale dans ces logements. Ce forfait, attribué par le Conseil Départemental, finance la coordination et l’animation (jusqu’à 15 000 à 40 000 euros par an selon la taille du projet3).

Enfin, des fondations privées ou des appels à projets régionaux peuvent aussi soutenir le financement de la création de nouveaux habitats (ex : Fondation Abbé Pierre, Fondation MACIF).

Zoom sur quelques initiatives et sources locales

Pour être tenu informé des nouvelles réalisations, il est utile de s’inscrire aux newsletters d’associations locales, ou de consulter les appels à manifestation d’intérêt diffusés par le Département ou la CNSA.

Aller plus loin : s’impliquer pour développer l’offre

L’habitat inclusif dépend largement de la mobilisation citoyenne, associative ou parentale. Les initiatives émanent souvent de groupes de familles, d’usagers ou d’associations qui se rassemblent pour monter des projets « sur-mesure ». Si vous souhaitez vous impliquer, sachez que de nombreux réseaux cherchent bénévoles, familles, futurs résidents ou soutiens financiers.

Enfin, suivre les groupes de travail (CDCA, CCAH, AG2R La Mondiale, etc.), participer à des ateliers d'écriture de projet ou des journées portes ouvertes peut aussi donner des idées concrètes et ouvrir des perspectives pour créer des réponses nouvelles, co-construites et adaptées aux besoins locaux.

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