Accessibilité et inclusion : état des lieux des gares et transports en Indre-et-Loire

15 décembre 2025

Un enjeu de société : progresser vers la mobilité pour tous

Mobilité et handicap : deux réalités longtemps incompatibles, mais au cœur des politiques publiques ces dernières années. Dans le département d’Indre-et-Loire, la question dépasse le simple aménagement. Il s’agit de garantir un droit fondamental à la libre circulation, d’aller à l’école, au travail, aux loisirs, tout simplement de pouvoir vivre sa vie. Selon l’INSEE, près de 10 000 habitants d’Indre-et-Loire déclarent une limitation fonctionnelle sévère, et d’après la CNSA, 6 % des titulaires de l’AAH du département sont des bénéficiaires majeurs ayant une mobilité réduite.

Depuis 2005 et la loi pour l’égalité des droits et des chances, de nombreux dispositifs se sont développés dans la région Centre-Val de Loire. Mais qu’en est-il concrètement sur le terrain ? Tour d’horizon de ce qui a changé – et de ce qui reste à faire.

Gares SNCF : quelles évolutions pour les voyageurs en situation de handicap ?

Accessibilité des principales gares du département

  • Gare de Tours : Point névralgique du réseau, elle est équipée de bandes podotactiles, d’ascenseurs, de guichets abaissés, de boucles magnétiques pour les malentendants et propose la signalétique adaptée.
  • Gare de Saint-Pierre-des-Corps : Elle répond aujourd’hui à la majeure partie des critères d’accessibilité, notamment avec une mise en accessibilité des quais, la présence d’ascenseurs modernes et de places de stationnement PMR.
  • Gares secondaires (Bléré, Amboise, Chinon, Loches…) : Les efforts portent sur la création de rampes d’accès, mais certains points restent à améliorer : absence d’ascenseur, quais bas difficiles ou manque de balisage sensoriel.

À noter que, depuis 2020, la SNCF met en avant que 95 % des voyageurs prenant le train en Centre-Val de Loire le font dans une gare « accessible » (source : SNCF Réseau, rapport Accessibilité 2022).

Le service Accès TER : un accompagnement clé

Pour les personnes à mobilité réduite, une réservation d’assistance « Accès TER » peut être effectuée jusqu’à 24h avant le départ, pour garantir une aide en gare et à bord. Ce service couvre une douzaine de gares du département. Il s’agit d’assurer le cheminement, la montée/descente du train, voire de porter les bagages légers. La satisfaction déclarée tourne autour de 93 % en région Centre-Val de Loire pour cette prestation (source : SNCF).

Quais surélevés, ascenseurs, signalétique : les nouveautés visibles

  • La surélévation progressive des quais pour coller au plancher des trains récents.
  • Le remplacement des escaliers par des rampes ou des ascenseurs. À Tours, 6 ascenseurs neufs sont ainsi en fonction depuis 2022.
  • L’installation de bandes podotactiles et de pictogrammes en braille.
  • Mise à disposition de plans en gros caractères et auditifs.

Transports urbains et interurbains : où en est l’accessibilité ?

Le réseau Fil Bleu (Tours Métropole)

  • 75 % des arrêts sont accessibles aux personnes à mobilité réduite sur l’ensemble du réseau bus et tramway Fil Bleu, soit plus de 600 arrêts conformes (source : Rapport Fil Bleu 2023).
  • La totalité des rames du tramway (ligne A et B) sont 100 % accessibles, avec plancher bas, espaces réservés, annonces sonores et visuelles à bord.
  • La flotte de bus est renouvelée pour garantir prioritairement des véhicules à plancher bas, équipés de rampes électriques ou manuelles, et de systèmes d’abaissement à l’arrêt (« agenouillement »).
  • Les véhicules sont progressivement équipés d’annonces vocales et visuelles (desserte, arrêts).

Le transport à la demande TPMR : une solution sur-mesure

La Métropole propose un service dédié, TAD Handi’Fil, réservé aux personnes titulaires d’une carte d’invalidité (80 % ou plus, ou titulaires de la mention A.P.T.), pour des déplacements de porte à porte sur réservation. Le service fonctionne 7 jours sur 7, sur une plage horaire étendue (de 7h à minuit le week-end). Ce service, qui transporte environ 45 000 personnes par an sur le territoire, est souvent plébiscité pour sa souplesse (source : Tours Métropole, rapport mobilité 2023).

  • Accompagnement sur le trajet, notamment pour franchir les derniers mètres
  • Tarification adaptée, généralement alignée sur celle du transport urbain classique.
  • Inscription et réservation via formulaire ou téléphone, voire par internet pour certains TAD du département.

Les lignes interurbaines (Rémi 37)

Le réseau Rémi (autocars départementaux) dispose de cars « AccessiCar » sur certaines lignes structurantes. La montée à bord se fait via rampe manuelle, et jusqu’à 8 lignes disposent de véhicules compatibles chaque jour. Les arrêts accessibles restent cependant minoritaires en dehors de la Métropole, et l’information sur l’accessibilité de chaque arrêt est consultable en ligne sur remi-centrevaldeloire.fr.

Pour les handicaps invisibles et sensoriels : vers une meilleure prise en compte

L’accessibilité ne se limite pas à supprimer les marches et installer des rampes. Pour les personnes malvoyantes, déficientes auditives ou avec des troubles cognitifs, d’autres besoins s’expriment : signalétique claire, informations en temps réel adaptées, espaces apaisés.

  • Signalétique visuelle et sonore : Affichage dynamique des correspondances, annonces vocales dans les trams et bus, pictogrammes sur les quais.
  • Boucles magnétiques : Présence aux principaux guichets pour les personnes appareillées.
  • Expérimentations : Des essais sont menés à Tours pour des marquages au sol contrastés et des QR codes donnant accès à des parcours audio-guidés (en test depuis 2023).

Un cadre législatif et des aides pour les démarches d’accessibilité

En France, la loi du 11 février 2005 sur l’égalité des droits impose aux gestionnaires de transports publics et d’infrastructures ferroviaires une accessibilité généralisée. Faute d’avoir respecté le délai initial de 2015, de nombreux aménagements sont encore en cours sous le régime des « Ad’AP » (Agendas d’Accessibilité Programmée).

Les collectivités, départements et autorités organisatrices bénéficient d’aides de l’État ou de la région pour financer l’accessibilité ferroviaire ou routière :

  • Dotations du Fonds national Accessibilité
  • Subventions régionales pour le renouvellement du matériel roulant accessible
  • Aides techniques de la MDPH pour les particuliers : prise en charge partielle de taxis adaptés quand le TAD ne suffit pas, attribution d’une carte mobilité inclusion (CMI) mention « invalidité » ou « stationnement »

Indre-et-Loire a ainsi engagé, ces dix dernières années, plus de 11 millions d’euros sur la seule accessibilité des équipements transports (source : Conseil Départemental d’Indre-et-Loire, rapport Accessibilité 2022).

Points de vigilance et pistes pour aller plus loin

Malgré les progrès, plusieurs obstacles demeurent :

  • Temps d’attente pour l’assistance en gare : parfois 30 minutes, faute de personnel dédié
  • Arrêts « fantômes » pour les lignes de cars peu desservies ou sans quai accessible
  • Signalement aléatoire des annulations de TAD, surcharge sur les créneaux scolaires ou médicaux
  • Manque d’information centralisée : le parcours d’un usager en fauteuil implique souvent de vérifier une par une les conditions d’accessibilité de chaque gare ou arrêt

Des solutions expérimentées ou réclamées :

  1. Mise en place de référents « accessibilité » dans chaque gare secondaire
  2. Centralisation de l’information Accessibilité sur un portail unique départemental
  3. Développement d’applications mobiles d’aide au déplacement, avec alertes personnalisées pour les PMR
  4. Co-construction des futurs aménagements avec les usagers concernés

D’autres territoires, comme Nantes ou Strasbourg, ont montré qu’en associant systématiquement les associations d’usagers du handicap à la concertation, on améliore significativement la qualité des adaptations et l’appropriation des outils innovants (source : France Mobilités).

Perspectives : vers une mobilité réellement partagée ?

L’accessibilité des gares et transports d’Indre-et-Loire n’est pas acquise pour tous, partout, tout le temps. Mais la dynamique est enclenchée, la visibilité des besoins s’améliore. Les habitudes changent aussi : une navette réservée via une appli devient un réflexe, l’équipe d’une gare s’y forme régulièrement, les bus s’équipent de technologies évolutives…

Reste à aller plus loin sur deux axes clés : la simplification du parcours de l’usager, et la prise en compte des handicaps invisibles. De nouvelles normes (notamment européennes), la transition numérique, et une demande citoyenne de plus en plus forte devraient continuer à faire évoluer les pratiques. Car l’accessibilité n’est pas seulement affaire d’ingénierie : elle est un droit, et l’affaire de tous.

Pour toute question sur le parcours accessible, des retours d’expériences ou un besoin lié à un déplacement : les relais associations locales, la MDPH 37 et les opérateurs transports sont vos premiers alliés.

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